Cachez ce pain que je ne saurais voir

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On l'a déjà connu plusieurs fois sur internet, ce fameux syndrome. Estelle Lefebure en avait été victime, lorsqu'elle avait fait un procès à altern.org pour avoir hébergé un site qui avait dévoilé des photos d'elle, nue.

En cherchant à faire fermer le site et l'hébergeur pour ne pas dévoiler ces photos, elle en avait fait la publicité, et ses photos s'étaient très rapidement copiées à des milliers d'exemplaires sur des milliers d'ordinateurs partout dans le monde, rendant techniquement impossible l'interdiction de leur diffusion. Aujourd'hui encore, ces photos sont visibles par l'intermédiaire d'un simple moteur de recherche.

Najat Vallaud-Belkacem est une jeune femme ambitieuse, une politicienne aux dents longues, mais dans la fougue de sa jeunesse, elle vient, elle aussi, de trébucher sur ce fameux syndrome, en rendant public un terme que jusqu'ici seuls quelques habitués des sites underground connaissaient : le Happy Slapping.

Qu'est-ce que le Happy Slapping ?

De mon (jeune) temps, on avait un jeu idiot, dans la cour de récréation : tête à claque. Tête à claque, cela consiste à se donner des claques, chacun son tour, à tour de rôle. Je te donne une claque, tu me donnes une claque, etc.

Le but du "jeu" est théoriquement de voir qui peut endurer le plus longtemps les claques. En réalité, le jeu se termine immuablement de la même façon : les claques deviennent de plus en plus fortes, et finalement, chacun finit par donner de vrais coups de poings à l'autre.

Pardon de le dire, mais c'est un jeu de cons.

Aujourd'hui, j'ignore si ce jeu est toujours d'actualité, mais en revanche, depuis quelques jours, à l'instar de nombre de mes concitoyens, je n'ignore plus rien du "Happy slapping". Le happy slapping consiste à filmer, à l'aide d'un téléphone portable, une scène d'agression d'une personne non consentante.

Indépendamment de l'aspect complètement dégueulasse de cette pratique, c'est sur la forme que Najat Vallaud-Belkacem a commis une erreur. Parce que, si hier, seul un public averti et restreint connaissait et avait accès au contenu de ces vidéos à la thématique plus que discutable, aujourd'hui, c'est monsieur et madame tout le monde qui en discute dans son salon.

Le constat est là : Najat Vallaud-Belkacem a multiplié par 100 l'audience de ces scènes d'agression, en les mettant sur la place publique. Si l'intention était louable, le résultat hélas, risque d'être l'inverse de ce qui était escompté.

La bonne nouvelle avec le projet de loi de Madame Vallaud-Belkacem, c'est que demain, une simple blague sur les blondes pourrait également être censurée. Ou une BD sur les blondes. Ou sur les juifs. Ou sur les belges. Ou sur les alcooliques. Ou sur les nains.

En attendant, si un inconnu essaye de vous mettre une baffe dans la rue, n'hésitez pas à lui écraser la tête contre le trottoir et à filmer son visage tuméfié pour envoyer les images à sa mère, histoire que lui aussi, il connaisse les joies de l'humiliation publique.

Happy New Year