Je ne vise personne, croyez-le bien. Et le titre de ce tableau de Malévitch, évidemment, c'est "Carré blanc sur fond blanc".

D'ailleurs, le voici, ce tableau :

malevitch_bsb_thb
On me dit, pêle-mêle :

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Dans le Carré Blanc sur fond Blanc, il me semble que le projet (pas l'intention) de Malévitch était de peindre la grâce et la légèreté à l'état pur
"

On me cite encore un extrait du site http://www.ac-nancy-metz.fr/pres-etab/Vuillaume/present/Art-plat/Site-arts-plastique/Art-plat/INTRO.html , sur lequel on peut lire, notamment, que :

"
dans les arts picturaux, ce sont deux grands créateurs qui ont inventé le vingtième siècle : Marcel Duchamp et Kasimir Malévitch.
"

Bien. Donc, les deux grands inventeurs de l'art du vingtième siècle (voire du vingtième siècle lui-même), sont un sculpteur et un peintre, et leurs oeuvres phares sont un urinoir pour l'un, et une peinture pour l'autre, représentant un carré blanc, de travers, sur un carré blanc, constituant le fond de la toile.

Dans un sens, on reste dans le blanc. C'est cohérent. D'un autre côté, que l'on passe sous silence Paul Klee, Kandinsky, les fauves, l'expressionnisme allemand, les cubistes... Ca me chagrine un peu.

Que l'on oublie, tous courants et styles confondus, Braque,  Bacon, Léger, et pardon à tous ceux que je ne cite pas, morts ou vivants, voilà qui m'ennuie. Ainsi donc, ce sont deux artistes qui ont fait le vingtième siècle. Toujours selon le site cité plus haut,

"
Actuellement une œuvre d'art répond moins à un désir de contemplation qu'à un désir de questionnement (questionnement de tous ordres : esthétique, moral, philosophique, etc.). On entend très souvent une petite phrase qui revient comme un leitmotiv dans la bouche des artistes et des critiques : je travaille sur... ou il travaille sur..., c'est-à-dire que la validité d'une œuvre est reconnue en fonction de

- l'organisation du travail et des moyens employés par rapport à la problématique exposée,
- la validité et la pertinence de la réponse.
"

Voilà qui est fort intéressant. Je croyais sincèrement qu'un artiste créait parce qu'il y était poussé par son instinct, son souffle de créateur. Je pensais naïvement que cet air souvent hermétique de l'artiste devant sa toile n'était que le reflet du tourment et du combat intérieur de l'artiste contre ses démons, contre les démons des autres, ou contre la nature et / ou la mort. Jamais je n'aurais pu imaginer que cela n'était que le signe d'une intense concentration, d'un travail intellectuel laborieux et méthodique. Du coup, je crois les voir, tirant la langue, ces artistes, pour tracer bien droit le trait qui matérialisera parfaitement, sans erreur possible, le nombre d'or. Attention, Duchamp et Malévitch sont passés par là. On ne peint plus, on calcule.

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Trêve de plaisanteries. Je pense qu'un tableau n'est pas fait pour se masturber l'intellect. Un tableau, ça doit être beau, et même, j'ose le mot, ça doit être joli. Et même, allez, je tends le bâton pour me faire battre, mais un tableau, ça doit être décoratif. Comment ??!!! Sacrilège !! Ignorant !!! Décoratif, un tableau ?

Heu, oui, décoratif, pourquoi ? C'est fait pour être joli, un tableau. Ca doit caresser l'oeil, non ? Ca doit plaire. C'est comme une femme, un tableau. On le choisi pour longtemps. Enfin je parle de ceux qui l'accrochent dans leur salon, pas de ceux qui les mettent dans des coffres. Ceux-là sont des spéculateurs, chez qui les seules courbes dignes de susciter un semblant d'érection sont les courbes des cours de leurs actions (ouf, j'avais peur de devoir caser le mot "bourse"). On le choisi pour longtemps, donc, ce tableau. Alors on le prend joli, beau, intense, on le prend comme on aime, et je n’ai rien contre les gens qui aiment les tableaux vides. Personnellement, je n’aime pas Dali, dont je pense qu’il constitue une des plus grandes escroqueries picturales du  vingtième siècle (je parle des oeuvres qu'il a réellement peintes et signées, comme ses montres molles ou ses créatures à tiroirs). Je n'ai rien contre les gens qui aiment les tableaux vides, mais qu'on ne tente pas de me dire qu'on touche, avec Malévitch, aux confins du raffinement et du dépouillement, parce que l'art, ce n'est pas nécessairement raffiné ni dépouillé. L'art, c'est vivant, c'est violent, c'est charnel. J'aime la couleur, la matière, l'odeur de la térébentine, j'aime l'huile grasse sur la toile, les gris, les contrastes, les combats de coq, les toros morts, les toréadors encornés, les danseuses de flamenco ou les putes de Lautrec, j'aime les gens qui souffrent sur les toiles, j'aime les couleurs pour les couleurs, les formes pour les formes, j'aime quand aucun trait distinct ne vient contraindre mon imagination, et que je peux rêver, partir, suivre un fil et le tirer, en regardant seulement des couleurs, des aplats, des contrastes. Rien de tout ça avec Malévitch, mon esprit est enfermé dans un carré vide, qui est enfermé dans un carré vide. Comme la note unique qu'entendait Schuman lorsqu'il est devenu fou. Une note, une seule. Une seule couleur.

Les yeux doivent être flattés avec la peinture. Et ce carré clair ne flatte rien. Au mieux, il laisse indifférent (sauf les critiques et les intellectuels, qui dissertent durant des heures sur la complexité d'appréhension d'une oeuvre aussi intense que celle-ci, et qui expliquent avec condescendance et gentillesse aux néophytes, qui croyaient naïvement qu'un tableau devait plaire à l'oeil, que non, l'art c'est plus compliqué que ça. Merci, vous m'en ferez 8 pages, c'est pour un article dans Télérama), au mieux, disais-je, il laisse indifférent.

Quant à Vasarely, j'ai eu l'occasion de m'en entretenir sur un forum avec un internaute, et je maintiens qu'il a fait de très beaux posters, et qu'il décore à merveille les abris bus, mais que ses qualités de peintre s'arrêtent là. Allons ! Il faut bien que tout le monde vive.