Il circule en ce moment sur internet, un petit document en pdf. Ce document est fort savoureux à parcourir, puisqu'il s'agit des pages 1 à 4 sur 8 du Cahier des Clauses Techniques Particulières (non, non, ne partez pas, je vous jure que vous aller aimer !) d'un appel d'offre lancé par le Ministère de l'Education Nationale.

Thème de l'appel d'offre : VEILLE DE L'OPINION

Ah, je vous vois déjà dresser l'oreille. Attendez, attendez, lisez ce qui suit : l'appel d'offre vise à, je cite :

  • Identifier les thèmes stratégiques (pérennes, prévisibles ou émergents)
  • Identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l’opinion
  • Repérer les leaders d’opinion, les lanceurs d’alerte et analyser leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau
  • Décrypter les sources des débats et leurs modes de propagation
  • Repérer les informations signifiantes (en particulier les signaux faibles)
  • Suivre les informations signifiantes dans le temps
  • Relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.)
  • Rapprocher ces informations et les interpréter
  • Anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise 
  • Alerter et préconiser en conséquence

Suit le paragraphe 5.1.2, relatif aux sources surveillées :

La veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l’actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc. Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, les portails thématiques ou régionaux, les sites militants d’associations, de mouvements revendicatifs ou alternatifs, de leaders d’opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.)

Voilà, maintenant, chaque fois que vous lirez ce blog ou un autre (jusqu'à ce qu'on nous interdise, au nom de notre sécurité bien entendu, de noux exprimer), on pourra analyser vos réponses. Chaque fois que vous posterez sur un forum votre opinion sur les quenelles en boite Buitoni ou sur la politique gouvernementale, Sarkozy ou Buitoni seront alertés de vos propos, voire pourront les anticiper. Chaque fois que vous signerez une pétition en ligne contre le fichier Edwige, ou autre attentat caractérisé aux libertés individuelles, on pourra vous tracer. Chaque fois que vous posterez une vidéo parodique sur Carla Braun sur Youtube, on le saura, on pourra vous suspendre votre abonnement internet (oui, oui, vous vous souvenez, le gouvernement a voté ça, aussi, pendant que vous étiez occupés à vous interroger sur la pérénité de votre emploi précaire).

Voilà, vous pouvez reprendre une activité normale, le gouvernement veille sur vous, comme jamais encore il ne l'a fait.

Comment ? Ah, on me dit que ce n'est pas "Carla Braun". J'ai dû me tromper d'époque. A moins que ce ne soit le gouvernement qui ne se trompe, et ne se croit revenu en 1940 ?

Le pire, c'est que, comme d'habitude, personne ne dira rien. On pourrait aussi bien annoncer qu'on allait surveiller les juifs, les arabes ou les chômeurs, personne ne bougerait. Hortefeux fait un sommet sur l'intégration à Vichy (oui, à Vichy. Savoureux, n'est-ce pas ?), et personne ne s'en émeut. Une fonctionnaire dénonce une immigrée clandestine à la police, et personne ne s'en émeut. Le gouvernement met en place, avec VOTRE ARGENT, une politique sans précédent de fliquage des opinions, de VOS OPINIONS, et personne ne s'en émeut. On vous dit que les caisses sont vides pour vos salaires, et on donne 15 miliards aux banques, comme ça, d'un claquement de doigts, et personne ne s'en émeut.

Personne ne s'en émeut.

Un peuple qui est prêt à sacrifier un peu de sa liberté, contre un peu de sécurité, ne mérite ni l'une, ni l'autre.