Déjà, le nom : "Tri sélectif". Sans doute faut-il y voir une distinction avec le tri aléatoire. Sérieusement, lorsque l'on trie, on sélectionne. Tri sélectif, c'est comme "petit nain" ou "grand con", c'est pléonastique. Qu'on arrête de nous casser les oreilles avec ça, à commencer par les médias qui, par l'intermédiaire de miss météo sur-poumonnées, emploient à grands renforts de bonne conscience et de geste citoyen, cette expression désastreuse, en nous expliquant que "c'est bon pour la planète".

Ca, c'est pour le nom. Mais le plus emmerdant reste le concept : des industriels nous vendent des produits, emballés dans des barquettes aluminium, lesquelles sont emballées dans des sacs plastiques, lesquels sont emballés dans des cartons, lesquels sont parfois encore regroupés par paquets de 12 dans d'autres cartons, et lorsque nous avons déballé tout ce bazar, nous nous retrouvons avec un tas de cartons, d'aluminium et de plastiques, qu'on nous demande, par civisme, d'aller déposer à nos frais, dans des containeurs spécialement prévus pour les recevoir, afin qu'ils puissent être recyclés, et renvoyés aux industriels, afin qu'ils réemballent leurs produits dedans, et nous les revendent, toujours aussi inutilement emballés. Plus vicieux, c'est difficile.

En recyclant sans cesse nos déchets, nous participons à ce cycle infernal : nous sommes complices de notre propre ensevelissement sous les déchets, recyclables ou non.

En outre, et par surcroît, pour parler de mon cas très personnel, le fait de recycler mes ordures m'oblige à :

- gérer trois caisses de couleur différentes, les stocker, les remplir. Ca me prend de la place dans mon garage, et du coup, je peux stocker moins de bouteilles de vin.
- aller les vider moi-même dans une benne, en prenant ma voiture et en dépensant du carburant, ce qui n'est bon ni pour mon pouvoir d'achat, ni pour la planète. Le geste citoyen que j'effectuerais en recyclant mes déchets est totalement annihilé par le geste polluant qui consiste à consommer du carburant pour aller les donner à manger à la benne à recyclage.
- supporter ce terme disgracieux de "tri sélectif". C'est un détail, mais j'ai vraiment, mais vraiment, horreur d'entendre cette expression.

Alors, cessons d'être les complices des industriels pollueurs, cessons de recycler nos déchets : laissons vides les bennes à recyclage, et mettons tous les déchets, pèle-mêle, dans les ordures ménagères. Les industriels devront se fournir en cartons ailleurs, et lorsque la température aura augmenté de 2 degrés, que les forêts d'amazonie seront devenues aussi étendues que le département de la Lozère, peut-être consentirons-nous enfin, tous, à diminuer les emballages : nous sommes tous responsables de cette situation, par notre politique d'achat systématique des produits sous carton avec des beaux dessins dessus, plutôt que d'acheter les produits sans emballage, juste avec un code barre.

Ah, et puis, tant qu'à faire, cessons d'acheter ces produits pré-mâchés, dont l'aspect fait parfois penser qu'ils sont même pré-digérés, et réapprenons à faire la cuisine nous-même : un steack haché devant vous, frais, acheté chez un boucher (même dans une grande surface), servi avec des pommes de terre cuisinées à la graisse d'oie, à l'estragon et à l'ail, c'est tout de même autre chose qu'une barquette de hachis-parmentier pré-digéré, qui ressemble davantage à un blédichef passé en date qu'à de la viande hâchée et de la purée.

Le surgelé, le pré-emballé, c'est de la merde, nom de Dieu !
A tous les niveaux : goût, emballage...

Ce billet n'a aucune teneur provocatrice, qu'on ne se méprenne pas...